
Afaf Hemamou est échevine de…..Après un an d’activité, elle fait un premier bilan.
Marc Guiot : L’année européenne de l’interculturel a été lancée a Schaerbeek. Est ce vraiment un hasard?
Afaf Hemamou: Il n’y a pas de hasard, seulement des coïncidences. Comme ancienne diplomate à l’Union Européenne, j’ai conservé d’excellents contacts dans la maison et j’ai glissé dans l’oreille des responsables qu’il serait intéressant de lancer le projet dans les écoles schaerbeekoise multiculturelles avec la complicité de l’échevin responsable. Schaerbeek est un vrai microcosme du cosmopolitisme interculturel qui se développe dans le monde entier à une vitesse grandiose. Le monde attend des réponses à ce défi alors même que les questions ne sont pas encore posées.
Marc Guiot : C’est pour moi que vous dites ça?
Afaf Hemamou : Je veux dire posées de façon telle que la réponse est déjà dépassée au moment où on la pose. L’interculturel c’est ma passion et modestement je m’efforce de la concrétiser sur le plan local.
J’ai l’Europe dans mes compétences et attributions L’Europe travaille au global, on lui reproche de n’être pas assez proche du citoyen. Je vois mon rôle comme interface entre le global et le local. Echevin de l’Europe pour le citoyen ça ne veut rien dire. Moi je concrétise en donnant à cette compétence une dimension humaine et concrète. Je veux par cette action sensibiliser les petits écoliers schaerbeekois à l’Europe et à sa dimension interculturelle, cosmopolite. Il faut commencer avec les tout-petits.
Marc Guiot : Le logo du dialogue interculturel européen montre des petits personnages de couleurs différents avec des flèches qui les rejoignent pour montrer qu’ils communiquent entre eux. Une métaphore de Schaerbeek ?
Afaf Hemamou : Le monde est une communauté de toutes couleurs et de toutes origines une métaphore de la diversité. A Schaerbeek c« la diversité fait la force » c’est mon slogan et ma bannière. On y dénombre 140 nationalités, cela en fait une commune emblématique d’une situation typiquement cosmopolite qu’on retrouve dans toutes les grandes métropoles européennes, qu’on le veille ou non. Bruxelles depuis toujours est terre d’échange et de rencontres. Les courants migratoires des cinquante dernières années n’ont fait que renforcer cette tendance historique. Schaerbeek est un véritable bouillon de cultures à « visages humains » comme disent certains. Pour moi, Schaerbeek est vraiment en train de devenir une commune cosmopolite et interculturelle.

Marc Guiot : Qu’est ce qui concrètement stimule les contacts entre communautés. Sont-elles réellement en état de dialogue ?
Afaf Hemamou : Pas de dialogue sans volonté de dialoguer. Cette volonté existe surtout au niveau d’une certaine élite citoyenne et de divers responsables, notamment au sein du Collège. Dans notre enseignement également, à l’Ecole numéro monsieur Delstanches, ancien directeur et actuel chef de cabinet de l’Echevin a créé une vraie pédagogie interculturelle. . Cette dynamique est en évolution constante. Elle est contagieuse. Ca veut dire qu’au-delà de la prise de conscience qui existe, il faut poser des actes et organiser des actions, des événements comme dont nous parlons. Il faut créer des espaces de rencontres qui facilitent les échanges.
Marc Guiot A cet égard le centre culturel de la rue de Locht dont vous avez la charge la charge est –il un foyer d’échanges de ce type ?
Afaf Hemamou : Sa dirigeante actuelle est animée par cette volonté farouche et elle marque des points sur le terrain de l’interculturel. Ces actions ont un rayonnement magnifique au niveau du quartier et jusque dans la commune toute entière. Quand on y a projeté « l’immeuble Yacoubian dans le cadre d’un festival du film arabe on a assisté à un débat passionnant et sans tabous dans le cadre du café philo. Thème : la problématique de la tension entre la modernité et la tradition et surtout sur le problème de la cohabitation entre personnes de religions différents, d’origine sociales et culturelles variées. Le lien entre Schærbeek et ce film n’a pas échappé aux participants.
Marc Guiot : Qu’a-t-on fait concrètement dans les écoles ?
Afaf Hemamou D’abord on a réussi une magnifique synergie entre divers échevinats et l’Union Européenne. Ce n’est pas peu de chose et les medias y ont fait un large écho. Concrètement, les enfants ont été invités à dessiner le portrait de l’autre, question d’apprendre à le regarder avec empathie. La représentation de l’autre et la représentation de soi à travers la perception de l’autre, c’est une démarche éducative tout à fait essentielle. Les enfants ont été encadrés par la Fondation Follon qui nous a prêté des animateurs hautement qualifiés qui ont fait un boulot magnifique en motivant les petits à se découvrir les uns les autres. Les travaux ont été exposés au Berlaimont et sont visibles sur le site du dialogue interculturel européen . (mettre les photos à côté de l’article) Les enseignants qui ont accompagné le projet ont reçu les félicitations des autorités européennes pour leur dynamisme et leur engagement.
Marc Guiot : Parlons de votre bilan santé si j’ose ainsi dire . Famille et santé sont dans vos attributions ?
Afaf Hemamou : De plus en plus ce type de compétences qui ne font pas partie du « core business » de la commune prennent de l’importance face au drames humains résultant de la progression de la pauvreté et de l’exclusion. La problématique de la parentalité, la démission de certains parents face à leurs obligations notamment en matière de soutien scolaire est préoccupante. Même chose pour la santé. Songez aux problèmes du cancer, du diabète, du retour de la tuberculose, de l’obésité préoccupante de nombreux ados. Il y a tout un travail de sensibilisation et de conscientisation à opérer. Je m’y emploie activement. Avec des actions de proximité. J’ai organisé un cycle de conférences de sensibilisation sur le fléau mal connu des hépatites avec d’éminents professeurs qui ont expliqué aux Schaerbeekois ce qu’il y a lieu de faire. La seconde conférence a abordé la question du diabète dont souffrent de nombreux Schaerbeekois d’origine maghrébine grands consommateurs de sucre et de douceurs. Je travaille sur les marchés où j’interpelle les mamans sur le fléau de l’obésité des ados, le tabagisme, les assuétudes. On travaille dans les écoles également dans le cadre des consultations pour nourrissons dont j’ai la charge.
Marc Guiot :Comment réagit le corps médical ?
Afaf Hemamou : Positivement. Pas question de se substituer à lui mais bien de créer des espaces de communication et de sensibilisation de la population où les médecins peuvent s’exprimer face aux citoyens. Mon créneau c’est d’offrir un service dans les strictes limites de nos compétences. C’’est tout nouveau et ça ne coûte pas cher . Les consultations de nourrissons s’y prêtent bien.
J’ai initié également des campagnes de dépistage de maladie et de prévention à la maladie.. On dépiste tuberculose avec un bus de la Fares
Marc Guiot : La tuberculose ? Ca existe encore ?
Afaf Hemamou : On la croyait éradiquée, elle réapparaît chez nous, c’est dramatique. Mais il ne faut pas se cacher la face et sensibiliser les populations à risque. C’est mon rôle, surtout dans une commune comme Schaerbeek où il y a une très grande mobilité de personnes venant de tous les azimuts et de pays où demeurent des foyers d’infection.. Sur 250 personnes dépistées deux cas suspects ont été détectés et soumis à analyse complète. En 2008 on monte un projet avec le CPAS, l’ONE et les maisons médicales pour dépister les risques du diabète.
Marc Guiot :Les gens sont ils conscients que ça les concerne au premier chef ?
Afaf Hemamou Les gens me disent leur reconnaissance. Je fais le tour des asbl, des cafés, je tiens un stand au marché de la rue Royale Sainte Marie du vendredi. Un vrai parcours du combattant. Je vais surtout vers le public que je sais peu informé des problèmes, qui lit peu ou mal, et ça marche ! On me regarde et on m’aborde comme Madame Santé et je m’en réjouis
Marc Guiot : Un stand au marché dites vous ?
Afaf Hemamou : mais bien entendu en pleine place Lehon avec l’aide du CPAS. Les gens adorent. Personne ne l’a fait ça avant moi. Les femmes me disent que c’est la première fois qu’une femme politique vient vers elles avec autre chose que des tracts électoraux pour leur parler de leur santé. Ca s’adresse même aux sans papiers ! On ne demande pas leur carte d’identité , seulement un numéro de téléphone au cas ou on détecterait une maladie!.
Marc Guiot : Qui finance ces actions?
Afaf Hemamou Un partenariat Fares et commune avec encadrement CPAS. Ca a coûté le prix d’un stand à la commune et quelques heures de sal aires communaux malgré tout plus 55.000 brochures. Faut ce qui faut.
Marc Guiot :Et le beau bus de détection tuberculose ?
Afaf Hemamou C’est la Fares (expliquer) qui le prête et le finance. Un magnifique bus équipé d’appareils de radiologie sophistiqués et animé par le personnel médical de la Fares, place Colignon, le jour du marché je précise.
Marc Guiot :Quid des consultations nourrissons dans les écoles ?
Afaf Hemamou Il y a six points de consultation où nous travaillons avec du personnel ONE à charge communale. Ca existe depuis toujours. Ce qui est nouveau c’est d’organiser des rencontres avec l’ONE et les généralistes de Schaerbeek, les responsables de maisons médicales afin de faire le point sur l’état de santé de la petit enfance à Schaerbeek et croyez moi que des problèmes il y en a. Surtout en ce qui concerne l’hygiène de la petite enfance. Un exemple le brossage des dents régulier n’est pas pratiqué partout, et les habitudes alimentaires sont souvent déplorables. Je mets des actions en route dès la prochaine rentrée scolaire.
Marc Guiot : Et l’obésité des adolescents ?
Afaf Hemamou :C’est essentiel car lié à un autre problème celui du diabète.
Marc Guiot :Comment les généralistes et le pharmaciens réagissent-ils à vos initiatives.
Afaf Hemamou:je les vois moins que je ne voudrais. Ils ont des horaires épouvantables et manquent de temps. Ils restent perplexes, je dois l’avouer parce que jusqu’ici ils n’ont pas vu de la part de la commune beaucoup d’actions concrètes telles que celles que j’organise. En fait on commence à peine à se rendre compte de l’ampleur des problèmes de santé publique avec lesquels on va être confrontés dans les années qui viennent.
Marc Guiot C’est un atout d’être femme dans ce domaine ?
Afaf Hemamou:Je suis mère de famille avant toute et je me soucie de ces problèmes plus qu’un homme en tout cas autrement. Chez moi c’est une préoccupation quasiment viscérale. Je ne peux pas supporter la souffrance que j’observe de plus en plus dans les quartiers. Ca touche aussi au problème de la scolarité des gosses. Bref, je suis sensible à tout ce qui touche à l’humain, à l’organisation de la vie ensemble. Une femme regardera cela de manière plus concrète, plus pragmatique. Elle voudra aller à l’essentiel, même si je manque de moyens et je manque terriblement de moyens. « Fais preuve d’imagination »disent mes amis du Collège. Je les prends au mot. Je fais beaucoup et je ne coûte pas cher ! Une femme ne fera jamais de la politique comme un homme. Comme toutes les maman, je veux que mes enfants soient d’abord en bonne santé ensuite qu’ils réussissent à l’école enfin qu’ils soient bien dans leur peau au sein de la famille et avec leurs amis.
Marc Guiot : Vous parlez de tous ça avec les mamans sur les marchés, à la pesée nourrissons ?.
Afaf Hemamou Mais de quoi voudriez que nous parlions d’autre. C’est tout à fait fondamental et prioritaire. Les enfants d’abord. Je les pousse à aller aux réunions de parents et à discuter avec les enseignants, ce qu’elles font peu. Croyez moi elles sont convaincues que la scolarité est la clef pour l’ascension sociale. Mais les hommes les soutiennent peu. Et puis il y a beaucoup de mamans seules qui manquent de temps et d’information. C’est cela que je découvre en allant vers elles sur les marchés. Ces femmes cumulent beaucoup de charges et de responsabilité qui dépassent de loin leurs possibilités. Je dis cela en tant que femme et maman
Marc Guiot : Parlons donc des rapports homme femme une de vos compétences en vérité.
Afaf Hemamou : L’égalité Hommes-Femmes est en effet une de mes compétences. Encore une coquille vide, diraient mes collègues, que je remplis à force de volonté et d’imagination et avec très peu de moyens. Faire beaucoup avec peu, c’est mon secret. Ah si j’avais une baguette magique…La magie n’est là que pour faire rêver
Marc Guiot : Faire rêver c’est important surtout en politique, non ? Monsieur Leterme ne nous a pas beaucoup fait rêver ces derniers temps.
Afaf Hemamou : Il faut toujours garder une espérance et rêver concrètement comme je le fais. Pour moi un rêve c’est une action concrète réalisable avec peu de moyens. Je pense à tout ce qui touche l’humain et dont je vous ai parlé. Faut agir sur l’humain, contre certaines traditions et idées reçue. C’est toute une pédagogie qu’il faut déployer armé de sa seule énergie et de sa volonté de bien faire Faut des générations pour changer les mentalités mais comme disait Luther King :I have a dream. J’en ai même plusieurs.
Marc Guiot : Parlons donc d’un projet qui fait rêver beaucoup de Schaerbeekoises : la Maison des Femmes. On en est où ?
Afaf Hemamou : Il s’agit de construire une belle maison des femmes près de l’avenue Louis Bertrand, dans un tissu urbain mixte rue Josaphat sur le large terrain de l’ancien Clou qui doit être inaugurée en 20010.. On est en plein bouillon de culture interculturelle avec l’école n° 1 que j’appellerais école interculturelle de la tolérance. La maison des femmes sera interculturelle, un vrai lieu d’échanges et de rencontre ou ne sera pas, c’est ma conviction. Les activités seront tournée vers le bien être de la femme, où les femmes pourront échanger leur vécu, leurs attente set s’exprimer sans préjugés et sans pressions, sans être jugées. Il en sortira sûrement des actions et des projets émanant de la base, pour peu que cela devienne un vrai espace de dialogue interculturel entre femmes de toutes origine.
Marc Guiot : On fête le centenaire de Simone de Beauvoir. Que représente-t-elle pour vous ?
Afaf Hemamaou Une pionnière brillante qui a ouvert la route ici en Europe. Toutes le ,militantes anonymes que je rencontre sur le terrain, toutes sensibilités politiques confondues, ne font que prolonger le sillon qu’elle a tracé d’une main sûre. L’émancipation de la femme est un combat inachevé pour les droits humains. Nous les femmes voulons ajouter des briques à cet édifice.
Savez-vous que 80% des familles mono parentales sont des femmes
Il reste beaucoup de chemin à faire pour défendre les droits des femmes. C’est dans cette ligne que en tant que femme je m’inscris résolument, ces des femmes qui se battent pour leur équité et leurs droits et surtout leur égalité avec les hommes. Une Européenne sur cinq est battue. Je m’insurge contre cela, c’est insupportable à l’aire de la modernité et de l’émancipation par rapport aux traditions.

Marc Guiot : Afaf Hemamou, vous êtes une superwoman hyper dynamique. Comment les femmes issues de l’immigration vous perçoivent elles ?
Afaf Hemamaou : ces femmes me donnent beaucoup de joie par leur générosité. Je me ressource auprès d’elles et deviens humble en écoutant leurs récits de vie, leurs combats pour survivre dans un monde de plus en plus dur où règne l’individualisme et l’égoïsme. C’est elles les superwomen, pas moi, je vous assure. Mères éducatrices, chefs de famille , gestionnaires du budget, elles cumulent toutes les charges
Marc Guiot : Donc la femme est bien l’avenir de l’homme.
Afafa Hemamou : Mais il en a toujours été ainsi.
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