
Par Jérome Leroy, romancier.
(Libération)
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La bonne conscience occidentale se polarise sur les robes safran des moines tibétains, laissant de côté la surexploitation des centaines de millions de ming-gong.
Le Tibet m'agace. Entendons-nous bien, pas les Tibétains, mais le Tibet, l'idée du Tibet. Le Tibet, cette bonne conscience universelle, cette utopie pour bobos friqués en mal de spiritualité, cette destination pour amateurs européens de trekking qui finiront par avoir besoin d'itinéraires balisés et de toilettes publiques sur les contreforts himalayens. Le Dalaï-Lama m'agace aussi, beaucoup. Il est devenu une manière de référence obligée, avec respect obligatoire dès qu'on évoque son nom et sa personne. Tous ceux qui de par le monde tentent aussi de libérer leur peuple, notamment en Amérique latine, les Chavez, les Morales, sont suspectés d'être des dictateurs, des généraux Alcazar en puissance. En revanche, le dalaï-lama n'a que des qualités. Qu'il se prétende la réincarnation de Bouddha n'a pas l'air de choquer plus que ça un vieux pays cartésien comme le nôtre, bien plus prompt par les temps qui rampent à moquer les Catholiques qui croient à la résurrection des corps. La religion, c'est toujours mieux chez les autres, c'est bien connu. Que le projet politique du Dalaï-Lama reste une restauration théocratique ne choque pas plus que ça les intellectuels qui ont pris option droits de l'homme au baccalauréat des apparitions médiatiques.
Jérome Leroy
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