Demandeurs d'asile et SDF ont photographié leur univers. Coeurs et codes bouleversés.
« C’était notre chambre à coucher. Nous avons dû quitter l’appartement il y a 10 jours. » © Famille S.
J'ai pris des photos de choses qui ne devraient pas exister », mais aussi de chaises alignées dans ce café du centre parce que « l'appareil s'est déclenché accidentellement »… Ces deux phrases de M., 33 ans, musicien du Maroc, pourraient à elles seules légender toute l'expo Bribes d'ailleurs organisée par Médecins sans Frontières aux Halles Saint-Géry.
Ils sont arrivés chez nous il y a un ou dix ans, seuls ou en famille, venant d'Afrique, d'Amérique du Sud, d'Europe de l'Est. Ils sont devenus des patients occasionnels ou réguliers des soignants sans barrières. Un jour, ceux-ci leur ont proposé un appareil jetable pour qu'ils saisissent, une semaine durant, des bribes de leur quotidien.
On plonge à s'y noyer dans l'abîme des yeux de la famille S., passée d'ex-Yougoslavie au métro « en route vers le colis alimentaire ». Plutôt que les gens, M., 48 ans, de Mauritanie, comme A., 40 ans, du Maroc, préfèrent cadrer les pigeons, les affiches, voire les murs « suintant l'humidité ». P., 19 ans, de Moldavie, zoome, lui, sur les animaux (« C'est important, c'est comme les hommes »), les plantes (qui « permettent qu'on vive mieux »), les chantiers (« portes ouvertes sur le monde en construction »). F., la chanteuse du Nigeria, choisit son tram 81, et surtout l'immense Christ sous lequel elle, ou une autre, pose : « On sent que Jésus est là ». Il est aussi dans l'église pentecôtiste où la famille D., du Brésil, respire peut-être mieux qu'en son unique « pièce à tout faire ». Où ils sourient pourtant de toutes leurs dents, comme A., le cuisinier marocain de 33 ans, en son autoportrait hilare. D., 44 ans, photographie « des endroits qu'il trouve jolis » lorsqu'il se promène, beaucoup, faute d'avoir autre chose à faire.
Halles Saint-Géry
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