jeudi 3 avril 2008

BNA – BBOT

· Reflets : Comment ce projet est-il né et depuis quand existez-vous ?

· BNA- BBOT : Nous avons commencé lors de Bruxelles 2000, capitale culturelle. C’est une initiative de l’Europe pour mettre le focus sur une ville. C’est la première fois où il y a vraiment eu une rencontre et une mobilisation entre les interlocuteurs néerlandophones et francophones. Bruxelles 2000 a permis de créer des ponts et des projets communs. Le projet a été conçu par deux compagnies théâtrales qui avaient l’habitude de travailler ensemble : une francophone –Transquinquénal, et une néerlandophone – Dito Dito. La grande chance pour nous c’est d’avoir reçu un budget de fonctionnement dans ce cadre particulier. Une fois que le projet était lancé il était plus facile de convaincre les politiques, au regard du travail accompli.

· Reflets : Quels sont vos objectifs ?

· BNA- BBOT : Il y a 3 gros piliers sur lesquels le projet repose :
- la participation des gens
- l’archivage et l’accessibilité avec toutes les technologies que cela suppose. Nous avons une base de données accessible par le web.
- la mise en valeur de tout ce matériel, soit par la création artistique, soit par la réappropriation par les gens qui l’écoutent et qui le « remâchent ».
On essaye de mener ces objectifs en parallèle sans privilégier l’un par rapport aux autres, mais cette année nous allons essayer de leur rendre plus de visibilité en travaillant avec un artiste en résidence. Un vidéaste qui va proposer des ateliers, en cinéma ou en cinéma d’animation, autour de la thématique des « Villes Invisibles » pour créer une imagerie qui faciliterait l’accès à toute cette matière.

· Reflets : Vous avez accumulé toute une collection d’entretiens avec des habitants de Bruxelles. Comment sont-ils choisis ?

· BNA- BBOT : Nous, on ne les choisit pas. Le principe, c’est que les gens qui ont entendu parler du projet et qui veulent participer, viennent ici chercher une petite mallette avec du matériel d’enregistrement. Puis eux choisissent une ou plusieurs personnes qu’ils ont envie de rencontrer et d’enregistrer. Ce sont donc des participants spontanés et ça part dans tous les sens. Au début, pendant BXL 2000, on a eu beaucoup de gens qui venaient faire un entretien avec un voisin, avec une grand’mère…
A un moment on s’est rendu compte que les gens qui venaient participer étaient liés à un certain milieu, déjà culturellement formés, et on a décidé d’être nomades, d’aller à la rencontre de gens et d’associations dans des quartiers qui n’étaient pas venus à nous. On a choisi de travailler sur Schaerbeek et sur Forest,avec des gens qui sont moins spontanés au niveau curieuzeneus et à qui nous avons proposé des ateliers d’ approche de la rencontre. Parfois le focus se déplace sur la question « Est-ce que la priorité c’est le témoin qui raconte son histoire ou est- ce que c’est le curieuzeneus qui n’est naturellement amené à participer à ce type de projet. Pour prendre un exemple bateau : quand un jeune maghrébin s’entretient avec une vieille dame, c’est une situation qui n’est pas habituelle et qui a complètement sa place dans notre action. Nous avons aussi des gens ou des associations qui viennent nous trouver avec un projet bien défini, à qui nous offrons un soutien au niveau du matériel, et dont le travail enrichit notre collection. Une de nos difficultés est le manque de maîtrise sur la participation à notre projet. Notre rôle est de susciter l’enthousiasme et de le concrétiser.

· Reflets : J’imagine que les curieuzeneus ne ressortent pas de leurs entretiens comme ils y sont entrés. En reviennent-ils différents ?

· BNA-BBOT : C’est l’objectif, à la fois pour le curieuzeneus, le babbeleir mais aussi pour les gens qui écoutent, d’aller au-delà des a priori qu’on peut avoir. Entendre les choses différemment, puisque nous ne travaillons que sur le son. C’est un choix que nous avons fait, à la fois parce que l’emploi du matériel est plus facile d’accès à un plus grand nombre et aussi parce que quand l’on écoute quelqu’un on est obligé d’entrer dans le mode de pensée de quelqu’un. La voix c’est la respiration, la vie. Chaque personne emmène avec lui son univers. C’est de la « pensée en marche » qui permet d’appréhender des situations parfois compliquées. Il m’est arrivé d’avoir des révélations.

· Reflets : Des exemples concrets ?

· BNA-BBOT : La problématique du retour, par exemple. Une femme maghrébine a expliqué le déchirement que cela avait été de quitter ses parents et son pays pour suivre son mari qui venait travailler en Belgique. Ses parents sont morts là-bas. Elle a eu des enfants qui resteront sûrement ici, … Même si son rêve a toujours été de retourner au pays, elle ne veut pas revivre une seconde fois, une séparation déchirante. C’était dit en mots très simples et avec tellement d’évidence que je n’oublierai jamais la compréhension de cette problématique telle que je l’ai reçue à ce moment-là.

· Reflets : D’après le matériel que vous récoltez, percevez-vous Bxl comme interculturel ou plutôt multiculturel ?

· BNA-BBOT : C’est difficile à dire. Ma sensation, c’est que c’est très fluctuant. Il y a des endroits où l’interculturel se développe de manière très positive et d’autres endroits où l’on assiste à des replis identitaires et je trouve que cela s’accentue dans les deux sens. On a eu des curieuzeneus qui avaient des discours très engagés, très ouverts et qui avaient 70 ans. D’autre part, on a fait des ateliers avec des classes- passerelles de jeunes du Petit Château et on a eu des difficultés au niveau de la gestion du groupe pour des questions de racisme entre les européens de l’est et les africains en général, entre les marocains et ceux d’Afrique noire, entre les filles et les garçons. Rien n’est évident, souvent l’interculturel passe par la confrontation, par le vivre ensemble et un projet commun qu’il faut quelquefois un peu forcer. Par rapport à des tentatives d’interculturalité il y a des difficultés et des barrières qu’on ne peut ignorer, notamment la méconnaissance d’une langue véhiculaire et surtout de la langue écrite.

· Reflets : Pourriez-vous , à brûle- pourpoint, nous citer quelques lieux ou évènements que vous considérez comme interculturels ?

· BNA-BBOT : la Zinneke Parade, le KVS, la HOB où l’on voit des gens de toutes les couleurs qui lisent les journaux, le festival PleinOpenAir qui organise des projections de films dans des friches urbaines et qui draine pleins de gens différents.

· Reflets : Comment voyez-vous évoluer Bruxelles ?

· BNA-BBOT : D’un côté, je vois des fossés qui se creusent et d’autre part je vois des rapprochements. C’est comme s’il y avait des logiques parallèles : gentryfication d’un côté, getthoïsation de l’autre. Heureusement, il y a encore des zones de mixité, Saint-Gilles par exemple…

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